Chapitre 6
D'Allar aldir
Une arrivée surprise
Quatre ans plus tard, nous retrouvons Diane chez elle en compagnie de Victor.
- Je t'amène une mission très délicate et qui va te plaire, déclare-t-il, c'est mon cadeau d'anniversaire. Je t'envoie en Alaska, à Fairbanks. Tu protégeras un savant, c'est une femme. Mais avant nous passerons par le Q.G. Ensuite ...
- Il y a quelque chose qui te tracasse, que se passe-t-il ?
- Ma grande, la Terre n'a jamais autant été en danger que maintenant.
- Je dois protéger une femme, mais encore ?
- La personne que tu vas protéger, travaille sur un projet de voyage dans le temps.
Le coeur de Diane saute dans sa poitrine. Elle se souvient de son voyage à elle, il y a de cela, deux ans. Intriguée, elle demande à Victor :
- Quel sera mon rôle ? Qui est-elle exactement ?
- Là-bas tu seras l'assistante de cette jeune personne. Le directeur de la station t'accueillera à l'aéroport. J'ai de forts soupçons sur lui. Il fait sûrement partie du complot, mais je n'ai pas de preuves. Les recherches que cette personne effectue sont importantes et ton travail est de la protéger contre ceux qui veulent s'approprier sa découverte. Tu as été choisie, tu pourras grâce à tes facultés, contre-attaque certains traquenards pas très clairs aux yeux des pauvres humains que nous sommes. Tu as étudié les langues anciennes, n'est-ce pas ? Tu vas pouvoir t'en servir bientôt.
- Comment se nomme-t-elle ?
- Abigaël Omson. Allez ! Au lieu de bayer aux corneilles, dépêche-toi, pourquoi fais-tu cette tête ?
- Pourrais-tu-m'en dire plus ? J'aimerai savoir contre quel ennemi je vais me battre et quel est le danger qui plane sur la Terre ?
- Tu le sauras peut-être tout à l'heure. Nous avons un individu, que tu vas devoir interroger. Quant à Mademoiselle Omson, tu auras son dossier après.
Une heure plus tard Diane se trouve en présence du suspect; un homme vêtu de guenilles et d'une longue cape brune maculée de boue. Elle comprend qu'elle a en face d'elle un homme d'un autre âge et lui demande dans la langue que les humains parlent sur Kermëtæ, étant une des langues que, William lui avait apprise.
- Comment es-tu arrivé à notre époque ? Qui t'a envoyé ? Que viens-tu faire dans ce monde-ci ?
- Je suis envoyé par Surtr, répond l'homme en ricanant. Il va se rendre maître du monde. Bientôt il régnera sur toutes les époques. Rien ne pourra l'arrêter.
Après avoir dit ces quelques mots l'homme s'enferme dans un mutisme complet.
Une fois dans son bureau Victor explose de fureur avec un langage fleuri d'injures, que je ne retranscrirais pas ici. Diane attend patiemment qu'il se calme.
- Le nom de Surtr ne nous est pas inconnu. Ma mère en parle dans le film et je l'ai entendu lorsque j'étais chez les elfes. J'en conclue que cet homme vient de cette époque. Et si cela est, il nous faut contre-attaquer dans cette direction, la question est, comment ? J'y suis allée par inadvertance.
- La solution est Abigaël Omson. Une chose, n'oublie pas de surveiller le directeur de sa boîte. Je n'en démordrais pas, je suis sûr et certain qu'il est en rapport avec des zozos pareils à celui que tu viens d'interroger. Sans être pessimiste, je dirais que nous sommes en train de nous faire envahir. Ce Surtr commence à m'échauffer les oreilles. Comment a-t-il fait pour envoyer ses émissaires ici ?
- Je suppose qu'il n'est pas tout à fait au point, sinon, il nous aurait attaqué depuis longtemps. Voilà ce que je pense. Lorsque ma mère est arrivée du passé, il était déjà en guerre là-bas. Comment a-t-elle réussi à repartir, c'est un mystère; dans son film elle parle de Jera. Je ne sais pas qui est Jera. Ensuite c'est à moi que cela est arrivé et j'en suis revenue. J'ai eu la nette impression qu'Aed n'était pas du tout surpris de ma venue et savait quand je devais repartir. Ce qui veut dire, que les elfes savent comment faire, enfin, pas tous, les sages seulement ... ce n'est qu'une supposition de ma part.
A Fairbanks
Un homme d'un certain âge, chauve, à la mine patibulaire, accueille Diane à se descente d'avion.
Il a la suffisance d'une personne qui croit avoir réussi. Il lui explique avec volubilité et fermeté qu'elle logera dans un petit appartement en ville.
Les paroles aimables de cet homme la rendent mal à l'aise.
- Mademoiselle Omson sera heureuse d'avoir une assistante telle que vous, j'ai lu votre dossier. Voici les clefs de votre voiture, votre laissez-passer pour entrer dans la station et vos clefs d'appartement. Je vous souhaite une agréable nuit de repos.
Diane a vite fait le tour du propriétaire. Toute pensive, elle range ses affaires. Dans la cuisine elle ouvre le réfrigérateur.
Il y a de quoi tenir un siège. Elle sort quelques victuailles et les prépare. Tout en dégustant son dîner elle réfléchit :
- Et bien ma vieille, te voilà à pied d'½uvre. Tout cela me paraît bizarre, pourquoi ? J'ai l'impression d'être épiée. Voyons..., c'est bien ce que je pensais, tout mon appartement est truffé de micros et de caméras. Pour l'instant je vais les laisser en place pour ne pas éveiller les soupçons. Allez ! Au lit ! Mais avant, j'aimerai bien savoir qui m'espionne.
Elle se concentre, son esprit suit les ondes. Elles la mènent directement à la station. Elle voit une salle encombrée d'ordinateurs. Il n'y a que deux hommes, le directeur de la recherche et un technicien.
Elle pousse plus loin son investigation et constate que cette salle se trouve en dessous du bâtiment central. Celui-ci est rond et éclairé de larges baies vitrées.
La station est loin de toutes habitations. Elle reconnaît le bâtiment qu'elle a vu la veille. Devant l'entrée du site elle montre sa carte et se rend à la direction de l'établissement. Le responsable la conduit auprès Abigaël.
C'est une jeune femme aux cheveux bruns et aux yeux noirs, vêtue d'une blouse blanche, qui s'adresse à elle, une fois le patron parti.
- J'ai besoin d'une assistante en qui je dois avoir confiance. Je suis sûre que nous allons nous entendre, je le vois dans tes yeux. Ne sois pas étonnée par ce tutoiement je ne suis pas protocolaire, je n'aime pas le protocole. Appelle-moi Abi, tout simplement et tutoies-moi. C'est plus agréable ainsi. Voici ton bureau, tu vas devoir mettre de l'ordre dans certains fichiers que j'ai transformés. Viens, je vais te montrer mon laboratoire. J'aimerai que tu gardes pour toi, ce qui se passe dans ce laboratoire. On a déjà essayé d'en forcer la porte. Heureusement il y a un dispositif très efficace.
Diane découvre trois sortes d'appareils semblables à des turbines, attachés les uns au bout des autres, à côté un ordinateur relié à ceux-ci.
Plus loin un encadrement de porte stabilisé dans l'espace.
- Ce que tu vois là est une machine qui me donne la possibilité d'ouvrir une porte vers des époques différentes. J'ai reconstitué une porte semblable à celles que l'on peut trouver dans la nature.
- Ce que tu veux dire, si je comprends bien , il peut y avoir des passages pour aller d'un temps à un autre n'importe où sur Terre, dit Diane en prenant un air intrigué.
- Cela est vrai, mais c'est très rare, et l'on ne sait pas trop sur quelle époque elle s'ouvre. Voilà pourquoi j'ai créé ma porte. Je peux l'ouvrir ou la refermer à volonté, sur l'époque que j'ai choisie, c'est mon but.
- Pourquoi cette rage au fond de toi ? demande Diane en voyant une flamme de colère au fond des yeux d'Abi.
La jeune femme reste silencieuse. Diane se met à parler d'autre chose. En même tant, elle essaie de détecter micros et caméras dans le laboratoire; elle n'en trouve pas. Par contre, elle en détecte dans le bureau. La première journée de travail se passe sans difficulté. Les deux jeunes femmes sympathisent rapidement.
Quelques mois plus tard.
Après une journée de dur labeur, Abi déclare à sa compagne de travail :
- J'aimerai que tu viennes à la maison ce soir.
La jeune femme habite une charmante petite maison aux frontières de la ville. La jeune chercheuse fait entrer Diane dans le salon à peine franchi le seuil de la villa.
- Mets-toi à ton aise, je vais me changer.
En s'asseyant sur le canapé, la jeune femme regarde autour d'elle. Le décor de la pièce lui fait penser à une maison de poupée.
Elle se sent épiée, visionne la maison et constate que là, pareillement, toutes les pièces sont truffées de caméras et de micros, pire que chez elle.
Alors elle se concentre et fait tout sauter dans la salle souterraine de la station; quelque chose lui dit que c'est la dernière soirée, qu'elles passeront à Fairbanks.
Abi revient, elle est vêtue d'un jean et d'un pull.
- Voilà, je me sens plus à mon aise. J'avais envi de parler avec toi, ce soir.
- De quoi veux-tu me parler ? demande Diane.
- Tu es devenue ma meilleure amie. Mes recherches me prennent tout mon temps. Je me sens souvent isolée ici. Si je me suis lancée dans ce domaine de recherches, plutôt que dans un autre domaine, c'est pour une raison primordiale.
Elle se met à lui raconter la mystérieuse disparition de sa s½ur, évaporée dans une masse brumeuse.
- Lorsque je suis arrivée sur le lieu de sa disparition, j'ai suivi ses traces de pas, il avait plu, à l'endroit du brouillard les traces s'arrêtaient net. J'en ai conclu que Myriel était passée dans un autre temps. Cette idée ne m'a jamais quittée. J'ai continué les travaux de mon maître, le professeur Riurus. Tu pourras si tu le veux étudier ses travaux.
- Si j'ai bien compris, tu penses que grâce à tes recherches et à ta porte, tu auras la possibilité de retrouver ta s½ur, tu iras la chercher et tu la ramèneras, dit Diane en pensant que la similitude entre elle et Abi est flagrante.
- Oui, c'est à quoi je pensais en premier lieu, lorsque j'ai commencé. Mais il s'est avérer que d'autres événements sont apparus. Il y d'autres énigmes à déchiffrer. Elles se rapportent à certains écrits que j'ai trouvés en compulsant les dossiers du professeur. Ces documents parlent de voyages dans le temps, qu'il aurait fait lui-même et de clonages. Je suis contente que tu sois là. Nous allons pouvoir éclaircir ces mystères qui planent sur ces écrits.
Abi regarde sa montre et s'écrie.
- Déjà !
A cet instant elles entendent, venant du dehors quelqu'un crier. La voix est proche. Comprenant que c'est un appel de détresse.
Diane se précipite dehors et découvre devant l'entrée un homme allongé dans la neige et court vers lui. Des taches de sang apparaissent autour du corps.
Elle se penche sur lui. Les vêtements que porte le blessé ne lui sont pas inconnus. Elle le retourne prudemment et reconnaît Loegairi.
Il est sans connaissance. Elle n'arrive pas à réprimer les battements de son c½ur. C'est avec soulagement qu'elle constate qu'il vit encore. Abi arrivée à ses côtés s'exclame.
- Je vais téléphoner à un docteur.
- NON ! crie Diane en se redressant. Aide-moi plutôt nous allons le porter chez toi.
Elle lui dit encore, une fois l'elfe installé sur le lit.
- Au lieu de rester là les bras ballants, rends-toi utile, va me chercher de quoi désinfecter les plaies et de quoi les panser. C'est un ami exceptionnel, c'est un elfe. Je n'aimerais pas que tout le monde, sache qui il est et le prenne pour un phénomène de foire.
- Pourquoi agis-tu ainsi ? Je ne comprends pas, qu'a-t-il donc de si extraordinaire ?
- Je te le répète, c'est un elfe. Le reste, je te l'expliquerai plus tard.
Dépitée Abi se tait. Diane constate que les blessures de Loegairi ont été faites par des coups d'épée, dont l'un très profond.
Elle termine de le panser, inquiète qu'il n'ait pas repris connaissance. En poussant un soupir, elle prend une chaise et s'assoit près du lit. Elle se tourne vers Abi et lui demande :
- Pars te préparer à manger !
La jeune femme partie, elle prévient Victor des événements, en s'aidant de l'émetteur se trouvant dans sa montre; il arrive trois heures plus tard et prend les choses en main.
- Mademoiselle Omson vous allez venir avec nous. Prenez quelques affaires. Diane mène-moi à ton ami.
Elle mène Victor dans la chambre où repose l'elfe. Celui-ci a repris connaissance et se demande où il se trouve.
En voyant notre amie entrer son visage s'éclaire d'un pâle sourire.
- Loegairi voici Victor, dit Diane, dans le langage de Kermëtæ. Nous allons t'emmener loin d'ici. Lorsque j'étais perdue, tu m'as guidée, maintenant c'est à toi de me faire confiance, nous allons te soigner.
- J'ai été attaqué par les suppôts de Surtr, explique-t-il d'une voix faible. Je me suis battu le plus que j'ai pu, ensuite ils m'ont poussé dans une brume lumineuse qui s'était formée. Je me suis retrouvé dans ce lieu enneigé. J'ai marché jusqu'à l'épuisement. Quand j'ai ouvert les yeux, tu étais là, à mes côtés. Où suis-je ?
- Tu es à mon époque, répond Diane. Ne pose plus de questions.
Aidée de Victor, Diane soulève Loegairi, le couvre d'une couverture. A eux deux ils le soutiennent et l'installent dans la voiture, Abi les suit.
Tous quatre roulent vers le jet. Au cours du voyage l'elfe sombre de nouveau dans l'inconscience. Arrivé à New York, le blessé est installé dans une chambre d'un centre hospitalier du I.C.S.I.
Les médecins qui le soignent se trouvent devant un dilemme. Ils n'ont aucun sang compatible pour le transfuser. Diane se propose d'être le donneur.
N'ayant pas d'autre solution ceux-ci acceptent. Après quelques jours d'hospitalisation, l'elfe se remet vite de ses blessures, aux grands étonnements des médecins.
Pendant que Victor emmène Loegairi et Abi, dans une maison au nord des Montagnes Rocheuses. Diane retourne en Alaska avec une équipe pour repérer la porte temporelle par laquelle l'elfe est passé.
Ils la découvrent à quelques kilomètres de Fairbanks. L'équipe arrive au moment où plusieurs hommes de Surtr sortent de celle-ci.
Tous sont maîtrisés et une brigade armée s'installe pour garder la porte.
En rejoignant ses amis, la jeune femme fait en sorte que tout le matériel d'Abi, soit installé dans la cave de la maison.
En entrant dans la salle de séjour du chalet, elle surprend une conversation entre Victor et la jeune chercheuse.
- J'aimerai savoir pourquoi vous avez agi ainsi. Je ne comprends toujours pas. Pourquoi suis-je ici ? J'ai l'impression d'être prise en otage. Expliquez-moi. Quand pourrais-je reprendre mes recherches ? Dans cette maison, aurais-je un endroit pour les continuer ?
- Jeune fille vous l'avez, vous l'avez, dit Victor. Par ailleurs, j'ai l'impression, que vous ne vous êtes pas aperçue du grand danger, que vous couriez en restant à Fairbanks
- J'aimerai savoir, si ce n'est pas indiscret de ma part qui est Diane ? Ce n'est pas une scientifique, n'est-ce pas ?
- C'est exact, dit Diane en entrant dans la pièce. Je suis un agent du I.C.S.I., envoyée auprès de toi pour te protéger contre un ennemi très puissant.
- Très bien ! Tu es un agent, tu as fait ton travail, cela n'empêche pas que tu m'as trompée ! J'avais confiance en toi.
- Je n'allais pas...
- C'est sur mon ordre qu'elle a agi, dit Victor en lui coupant la parole. Il se trouve jeune fille, que vos recherches intéressent beaucoup de personnes. Comme l'a dit Diane. Nous sommes en guerre contre un ennemi très puissant. Un ennemi qui vient d'un autre temps et, qui a des alliés parmi nous. Il n'est pas là, lui-même, mais il a envoyé ses complices; avez-vous compris ?
- Mais enfin je...
- Si c'est au sujet de tes recherches, intervient Diane en l'interrompant. Ne t'inquiète pas, tout est arrivé ici avec moi; tes dossiers et ton laboratoire. Tu pourras finir ton travail sans être dérangée.
- Comment as-tu pu rentrer dans mon laboratoire ?
- Je me suis arrangée, ne t'inquiète pas, tout est là.
- Merci, mais dis-moi, qui est cet elfe que tu as soigné ? demande Abi.
- C'est un ami qui m'est très cher. J'espère qu'il pourra un jour rentrer chez lui.
- Comment a-t-il fait pour venir à notre époque ? Ont-ils une technologie aussi avancée que la nôtre ?
- Je ne pense pas je n'espère surtout pas, ce serait une catastrophe, mais ils doivent savoir que certaines portes s'ouvrent de temps en temps, répond Diane. Cela fait plusieurs années que cet ennemi agi. Il y a plus grave, il en a besoin ... de ta porte. Le directeur du centre était un de ses complices. Il était là pour te surveiller et s'approprier ton projet, le moment venu; il a été arrêté. Ceci dit, je vais aller me coucher, je suis éreintée. Je crois que je manque de sommeil depuis quelques temps. Avant je vais voir Loegairi, il est dans la première chambre, n'est-ce pas ?
Victor fait oui de la tête.
Elle monte au premier étage et se dirige vers la chambre de l'elfe. Entrée dans la pièce s'approche du lit sans faire de bruit, prend une chaise et s'assoit.
Elle se souvient de la tristesse qu'elle a eue lorsqu'ils se sont quittés, soupire en se remémorant leur première rencontre, sans s'en apercevoir, elle s'endort sur la chaise.
L'elfe se réveille et la voit endormie. Il sourit, se lève, la prend dans ses bras avec précaution, la couche sur le lit, la recouvre d'une couverture, s'allonge près d'elle et la regarde dormir.
Au matin en s'éveillant, elle est surprise de se voir allongée auprès de Loegairi, se lève d'un bon, se retourne et voit qu'il est entrain de la regarder.
- Je vais je vais me changer, excuse-moi, dit Diane en le fusillant du regard.
Elle sort rapidement de la pièce, sous le regard amusé de l'elfe. Une fois prête, elle va retrouver Victor qui déjeune dans la cuisine.
En la voyant arriver, il lui demande en guise de bonjour.
- Alors ? Bien dormi ?
- Oui, répond-elle en rougissant.
- J'aimerai bien savoir où tu as passé la nuit. Je suis allé te voir et à ma grande surprise, tu n'étais pas dans ta chambre.
- Je j'ai dormi dans celle de Loegairi. J'ai dû m'endormir sur la chaise et je me suis réveillée allongée sur le lit. Cela m'a quelque peu embarrassée.
- Si tu demandais des explications à ton ami ?
- C'est dans mes intentions.
A cet instant l'elfe entre dans la pièce, il est vêtu d'un pull et d'un jean.
- Tu aurais dû rester couché. Tes blessures sont graves, dit-elle en langage de Kermëtæ.
- Mes blessures ne me font plus souffrir et je suis guéri. Tu devrais savoir que les elfes guérissent rapidement. Je te remercie de ce que tu as fait pour moi.
- Ne parlons plus de ça. Dis-moi, pourquoi m'as-tu allongée sur ton lit au lieu de me réveiller ?
- Tu dormais dans une mauvaise posture et si profondément que tu ne t'es même pas réveillée. Tu étais si belle que je n'ai pas résisté de t'avoir près de moi.
- Tu n'es qu'un mufle, s'exclame-elle en le giflant, à la stupéfaction de l'elfe et de Victor.
- C'est quoi ce manège, demande celui-ci en attrapant Diane par le bras. Que t'a-t-il dit pour te mettre dans cet état ?
- Il me trouve jolie et m'a regardé dormir ! Te rends-tu compte ?
- C'est pour cela que tu l'as giflé ? s'exclame Victor. Va lui dire de nous attendre dans le jardin d'hiver et reviens, j'ai deux mots à te dire. Avant toutes choses, fais-lui des excuses.
- Moi ! M'excuser ? Jamais !
Elle rejoint l'elfe et lui déclare sur un ton peu aimable.
- Nous devons parler Victor et moi, va nous attendre sous la véranda, s'il te plaît.
Sans un mot de plus elle se tourne vers Victor, laissant l'elfe pantois, qui sort et va s'asseoir sur un siège sous la verrière.
- Si je comprends bien ton problème, dit Victor à Diane à peine rentrée dans la cuisine. Tu es amoureuse de lui et, tu ne veux pas l'admettre, cela te vexe, qu'il s'occupe de toi. N'ai-je pas raison ?
- Tu as raison, dit Diane en baissant la tête et la relevant aussitôt. Je ne l'admets pas. Je ne suis pas amoureuse de lui. C'est un ami et c'est tout. Je suis furieuse qu'il m'ait surprise endormie sur la chaise. Il n'avait pas le droit de me faire ça !
- Arrête de faire l'enfant. Je suis sûr que lui, a un petit faible pour toi. Alors, il m'est venu une idée. Je t'annonce que depuis ce matin, tu es sa femme. Tous les papiers sont faits. On me les a apportés à la première heure.
- QUOI ! Tu as fait ça sans m'en parler ? Mais pourquoi ?
- Pourquoi ? Pour votre sécurité, ma grande. Vous êtes désormais, pour les gens d'ici et du monde entier, M. et Mme Robbin. Tu vas faire la paix avec lui et, tu vas lui annoncer, que vous êtes mariés.
Lorsqu'elle rejoint Loegairi. Elle hésite un instant, puis se dirige droit sur lui en lui déclarant de but en blanc :
_- Je t'informe que nous sommes mariés, que notre nom de famille est le mien, sécurité oblige. Je vais t'apprendre la langue que je parle à cette époque-ci, tu auras plus de facilité pour nous comprendre.
- Alors comment ça, nous sommes époux, réplique Loegairi. Comment pourrai-je être marié avec une femme, qui gifle son époux ?
- Je te demande de me pardonner pour ce que j'ai fait. Je suis très impulsive parfois.
- Je t'ai déjà pardonné. J'aurais dû te réveiller. Mais hélas, pour moi, tu serais partie dormir dans ta chambre. Diane, comment pourrais-je être marier avec toi ? Mon père n'est pas présent. Les lois des elfes ne sont pas faites pour les mariages de ce genre. Je ne puis accepter.
- Je ne te savais pas si stupide.
- Un elfe n'a pas l'habitude de se cacher derrière une femme, même si celle-ci fait vibrer son c½ur. S'il le faisait, il serait un lâche !
- Tu tu m'aimes ! Tu viens de me dire que tu m'aimes ! Mais je
- Oui, je t'aime. Je t'ai aimé dès notre première rencontre. Je ne pense qu'à toi, j'y pense jour et nuit. Vois-tu sans le savoir et pour notre bien, Surtr nous a rapprochés. Dis-moi, est-ce que pour toi
- Alors les enfants, je vois que la paix est revenue entre vous, dit Victor en les interrompant. Diane, si tu allais réveiller Mademoiselle Omson ! Moi, je reste avec ton ami. Je vais lui faire visiter les lieux. Je vais essayer de me faire comprendre.
Sans dire un mot, elle part vers la chambre d'Abi. Une fois réveillée celle-ci se met à tourner autour de Diane en l'inspectant de pieds en cap, tout cela d'un air moqueur.
- Pourquoi me regardes-tu ainsi ?
- Pourquoi ? Tu me demandes pourquoi ? Lorsque tu es montée te coucher, Victor m'a parlé de toi. Il m'a raconté comment tu avais rencontré Loegairi. Il m'a expliqué ce que tu as fait pour le sauver. C'est formidable, Diane, j'aimerai te poser une question.
- Quoi, encore !
- L'aimes-tu ? Oui, tu l'aimes Loegairi !
- Vous vous êtes tous donné le mot ce matin, ce n'est pas possible ! POUR MOI, ce n'est qu'un ami !
- Arrête ! Ça se voit dans tes yeux que tu l'aimes. Pourquoi ne lui dis-tu pas ?
- Abi, c'est mon problème et pas le tien. Je ne vois pas comment je pourrais accomplir mes missions et compter fleurette en même temps ! Ce qui me chagrine le plus, vois-tu, c'est que Victor nous a fait faire des papiers. Désormais, Loegairi et moi, sommes mariés. Il n'accepte pas. Il m'a dit que chez les elfes, celui qui se cache derrière une femme est un lâche. Je vais refuser ce faux mariage. Bon, assez parlé ! L'heure tourne, ton déjeuner et ton travail t'attendent. Quant à moi, je vais aller faire une balade, cela m'éclaircira peut-être les idées.
Abi a rejoint Loegairi qui s'initie au troisième millénaire. Elle entraîne l'elfe dans son laboratoire. Elle prend sur une console un objet qui ressemble à un téléphone portable avec des écouteurs et un microphone, lui fait comprendre par geste, comment mettre les écouteurs et comment faire pour parler dans le micro. Quelques secondes plus tard, elle lui répond. Sa réponse arrive aux oreilles de l'elfe en langage elfique. Une discussion s'engage entre eux.
- Écoute-moi. Je sais que tu es désormais marié à Diane. Tu ne peux pas y échapper. C'est un ordre de Victor, c'est lui qui la commande. Elle a décidé de ne pas accepter. Je la connais peu, mais je crois pouvoir te dire que ce n'est pas en la forçant qu'il arrivera à la faire accepter ce fait. Alors, si toi de ton côté, tu prends la décision de dire oui à cet ordre, peut-être changera-t-elle d'avis. Elle est en danger, elle aussi. Victor m'a expliqué qui elle était. C'est une jeune femme très courageuse, mais qui n'aime pas être mise au pied du mur. Elle aime être maîtresse d'elle-même. Cette histoire de papiers semble pour elle une contrainte.
- Je comprends. Je vais lui dire que j'accepte d'être son époux. Ce qu'elle ignore c'est qu'elle est devenue mon épouse en me donnant son sang.
- C'est beau, ce que tu dis là !
- Toi, ta science est vraiment grande. C'est un soulagement pour moi de pouvoir te comprendre, merci, dit Loegairi en la saluant.
En revenant de balade, Diane découvre son ami, Victor et Abi en grande conversation. Elle approche du groupe. Devant son air ébahi, tous se mettent à rire.
- Comment ? Tu parles l'anglais, maintenant ?
- Pas encore, dit Abi. Nous avons tous ce petit appareil. Il traduit les langues selon leurs fréquences et la modulation de leurs sons, ensuite il les transforme dans la langue voulue.
- C'est formidable ! Cet appareil, qui l'a inventé ? Toi ?
- Un ami à moi, répond Abi.
- Moi, j'aimerai savoir où tu étais passée, demande Victor. Tu sais que nous sommes dans une situation dangereuse, et toi tu pars. D'où viens-tu ?
- Je n'ai rien fait de répréhensible. J'ai fait un tour dans la forêt. J'avais besoin de m'isoler un peu et je vais continuer. Si vous avez besoin de moi, je serais dans ma chambre.
Elle quitte la pièce et monte l'escalier en courant. Arrivée dans sa chambre, elle referme la porte sur elle, et s'appuie dessus quelques instants.
Elle va vers la fenêtre et regarde dehors. Elle sait très bien, qu'elle ne peut refuser les ordres de Victor, soupire, se retourne, sursaute, devant elle se tient Loegairi.
- J'accepte d'être ton époux, dit-il en lui prenant la main. Viens à côté de moi, asseyons-nous sur le lit. Je crois qu'il nous faut parler tous les deux. Je vois bien, en ce moment tu te sens prisonnière de cet ordre. Moi, je suis heureux de t'avoir pour épouse, même si ce n'est pas un vrai mariage. Allez ! Viens, arrête de bouder, bientôt tout va s'arranger.
- Je vais essayer, mais il est difficile pour moi de
- D'accepter cet ordre ?
- En partie, oui, mais il y a bien d'autres choses. Non pas que je n'aime pas mon métier; je l'aime, mais je suis fatiguée. Après cette mission, j'arrête, je vais donner ma démission.
Elle se tait, Loegairi la prend dans ses bras. Au même moment Abi entre et s'adresse à Diane :
- Victor veut te voir immédiatement, il est dans sa chambre.
Diane pousse un soupir, se lève, et sort de la pièce. Loegairi va pour la suivre, Abi le retient en lui expliquant qu'il faut qu'elle soit seule pour voir son supérieur.
- Entre et ferme la porte, dit Victor en l'entendant arriver. J'aimerai savoir ce que tu as. Nous sommes à la veille d'une catastrophe mondiale, et toi, tu as tes humeurs. J'aimerai comprendre. Si c'est l'amour qui te rend ainsi, merci ! Alors, j'attends.
- Tu te trompes, je suis simplement fatiguée.
- Et bien, après cette affaire, tu prendras des congés.
- Non, je vais démissionner.
- QUOI ! ? !
- Je vais démissionner. Je suis lasse et j'aspire à vivre calmement.
- Tu vas démissionner ! Mais, c'est impossible ! Le combat n'est pas commencé !
- Je n'ai pas dit, que je démissionnais sur l'heure, mais lorsque tout sera terminé.
- Que feras-tu de ta liberté ?
- Je partirai à la recherche de ma mère.
Victor reste silencieux quelques secondes, puis il ouvre un tiroir de sa table de nuit, fouille et en sort une enveloppe qu'il tend à Diane.
- Voici les papiers de votre mariage et vos passeports. Maintenant va aider Abi et plus de jérémiades !
Quelques jours plus tard, Diane et Loegairi sont installés devant l'ordinateur portable de celle-ci. Il regarde le film d'Aife.
- Connais-tu ma mère ?
- Oui, je l'ai connu, j'étais enfant. Nous étions voisins. Ensuite nous avons changé de territoire et nous sommes partis nous installer à Hindafiall, dans la grande demeure. Je ne savais pas qu'elle avait une fille.
- Pourquoi dis-tu cela ? L'as-tu revue ?
Mon père est toujours en relation avec eux, je veux dire avec elle.
Anny M
(à suivre)
